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Patrick-Louis Vuitton, la passion d’un héritage

~ 25.10.2007 / 17:14 ~ Rédigé par Karine Touati dans Fashion, Interviews

  

Au commencement, il y a un homme, Louis Vuitton, qui, en 1854, à l’époque des grands voyages et des croisières transatlantiques, part de l’idée que tout mérite d’être emballé, transporté et protégé avec soin. De cette idée si simple que l’avenir révèlera géniale, naissent une maison, un savoir-faire, une passion. Près d’un siècle et demi plus tard, Patrick-Louis Vuitton, arrière-arrière petit-fils du «Grand » perpétue la tradition familiale avec la même passion que son aïeul. Une récente visite à Luxembourg, dans le cadre de l’anniversaire de la boutique du centre-ville, donna l’occasion d’une belle rencontre, une entrevue chaleureuse et simple avec un homme de tradition, amoureux de l’idée du travail bien accompli.On se demande parfois, au gré des reportages, quelle est vraiment l’origine de la Maison Louis Vuitton. Il faut d’abord savoir que Vuitton signifie «têtu, tête de bois» en patois jurassien. Louis Vuitton, le patriarche, fier de ses origines rurales, prend cette étymologie pour ce qu’elle est et in vente ainsi les premières malles gainées de tissu, parfaitement étanches et prêtes à subir les affres des grands voyages du début du XXe siècle. Les robes en taffetas des élégantes arrivent à bon port, repassage superflu, prêtes à briller dans les soirées mondaines. Loin de se reposer sur ce premier succès, le «Grand Louis» imagine alors toutes les déclinaisons possibles de ces fameuses malles, pour y transporter presque tout. Le mythe est créé, le monogramme célébrissime est déposé, les pages de l’épopée Vuitton peuvent alors, doucement mais sûrement, se laisser tourner dans la grande tradition des histoires familiales. Depuis cinq générations, la famille tisse son histoire dans une volonté farouche de progrès et de dynamisme dans le strict respect du savoir-faire artisanal.Les commandes spéciales,cabinet de curiosités de luxePatrick-Louis Vuitton n’a pas dérogé à la tradition: très jeune, il apprit le travail en atelier, celui des petites mains, où chaque pièce est travaillée selon un rituel immuable, dans le soin et le goût du travail bien fait. Sa carrière le conduit bientôt au département des «commandes spéciales», sérail confidentiel des productions les plus époustouflantes signées par la Maison. Ce département existe depuis les origines de la marque, car les grands de ce monde ont depuis toujours des demandes particulières qui nécessitent une réponse ciblée et… très particulière.«Chaque commande spéciale est unique au monde et répond à une demande très précise»Aujourd’hui, Vuitton signe et conçoit environ 350 commandes spéciales par an. Jusqu’où peuvent aller ces commandes spéciales? «Jusqu’aux confins de l’imagination, dans la mesure où l’extraordinaire peut être fabriqué!», répond en souriant Patrick-Louis Vuitton. Parmi les perles du cabinet de curiosités, on notera la fabrication d’une malle-secrétaire avec tourne-disque et lecteur de cassettes intégrés pour un pianiste japonais, une malle géante pouvant contenir deux bicyclettes, une bibliothèque de voyage, mais aussi une mallette de maquillage sur mesure pour une danseuse professionnelle dans laquelle chaque compartiment de fard est organisé dans l’ordre de rituel du maquillage de l’artiste. Une sorte d’inventaire à la Prévert de super luxe.Chaque commande spéciale est unique au monde et répond à une demande très précise. Sofia Coppola voyage beaucoup et aime écouter sa musique sur sa chaîne Bose et sur aucune autre? Le département Commandes Spéciales conçoit pour elle un sac de transport sur-mesure souple et pratique avec des grilles d’écoute pour les enceintes. Karl Lagerfeld possède une quarantaine d’iPods? Patrick-Louis Vuitton dessine et conçoit une mallette apte à abriter ce trésor ainsi que tous ses accessoires d’écoute. Une folie? Non, sans doute pas. L’envie de se faire plaisir, certes, et surtout l’idée bien naturelle d’emmener un petit peu de chez soi… ailleurs… en toute sécurité.Depuis 35 ans, Patrick-Louis Vuitton tient tous ces projets au creux de ses mains. Certains y voient des chefs d’oeuvre d’ingéniosité et de luxe accompli; Patrick-Louis Vuitton envisage ces réalisations comme «de belles combinaisons entre l’artisanat, la technologie et l’envie de satisfaire ses semblables. Nuance». Une dernière anecdote, Monsieur Vuitton? Le sourire aux lèvres et l’oeil brillant, Patrick-Louis Vuitton raconte avec fierté une des dernières prouesses techniques de la Grande Maison: «Un homme d’affaires chinois souhaitait,quel que soit l’endroit où il se trouvait dans le monde, pouvoir boire le café qu’il affectionnait en regardant les programmes TV sur deux écrans plasma. A grands renforts de panneaux solaires, écologie oblige, la prouesse fut accomplie avec une malle sur-mesure pouvant recevoir les appareils mais aussi tout le nécessaire à la détente».Plusieurs centaines d’heures de fabrication furent nécessaires, mais le résultat valait ces efforts conjoints,pour le plus grand plaisir de cet amateur de café!Les commandes spéciales sont, certes, un département stratégique dans l’univers de la marque, mais Louis Vuitton, l’enseigne, bien que rattachée au groupe LVMH en 1987, garde le cap de ses origines en diversifiant des offres. Le dénominateur commun fut et restera toujours le voyage. L’histoire continue alors avec la création des départements mode, souliers, horlogerie et joaillerie… dans la cohérence.«La ligne de conduite de la Maison est simple: suivre le progrès et s’adjoindre les talents des créateurs modernes»Pas ou plus de projets de parfumerie ou d’épicerie fine pour le moment. Comment alors tenir cette rigoureuse ligne de conduite et ne pas céder aux chimères du «tout faire et tout vendre»? Sur ce point, la ligne de conduite de la Maison est simple: suivre le progrès et s’adjoindre les talents de créateurs modernes. Les matériaux ont évolué, les tendances aussi.Carte blanche aux créateursOn se souvient, en 2001, de la gamme de sacs Graffiti signés Marc Jacobs et Stephen Sprouse,ou bien encore des toiles Monogram multicolores ou des cerises imaginées par l’artiste japonais Takashi Murakami qui font encore fureur auprès des fashionistas. Le principe est simple: garder la forme de modèles existants, comme le Keepall, best of de la marque, en donnant carte blanche à un artiste pour le motif. La tradition dans l’innovation et vice-versa, c’est selon. Le résultat dépasse alors toutes les espérances: ces sacs deviennent des objets culte, des oeuvres d’art à part entière, symboles d’une tendance, outils de mode et de reconnaissance des Amis du Cercle LV. «Il y a vingt ans, cette démarche aurait été quasi impossible, selon Patrick-Louis Vuitton, le public n’était pas prêt à bousculer les codes classiques de la marque». Aujourd’hui tout est (presque) permis! Alors oui, bien sûr, on parlera dans ce chapitre de la contrefaçon, c’est inévitable. Sur ce point, la marque livre une bataille sans merci aux contrevenants. On pourrait penser que la raison de cet acharnement bien compréhensible résulte du manque à gagner sur le chiffre d’affaires de la marque. Mais sur ce point, Patrick-Louis Vuitton va au-delà de l’idée reçue: outre l’image bafouée par la production de sacs mal copiés ou encore le manque à gagner financier pour l’enseigne, la marque a déclaré la guerre à la contrefaçon car «il est rare que les contrefacteurs soient implantés dans de petits ateliers confortables et douillets de la banlieue française avec des politiques syndicales et des lois sociales, tambourine Patrick-Louis Vuitton! On parle ici, poursuit-il avec véhémence, du travail des enfants, de l’argent de la pègre. C’est une gangrène, une atteinte aux droits de l’Homme les plus élémentaires! Je suis très en colère contre celles et ceux qui achètent du café «commerce équitable» en sortant leur argent d’un faux Vuitton, c’est n’importe quoi!» Dont acte.«Je pense que mon arrière-arrière grand-père apprécierait beaucoup la dimension qu’ont prise les voyages du XXIe siècle, car la porte reste ouverte sur l’innovation et le progrès»Pour clore rapidement ce vivant chapitre «contrefaçon », rappelons que Louis Vuitton a déployé des moyens considérables pour s’attaquer au problème et mis en place une équipe de 40 professionnels entièrement dédiés à cette cause dans le monde entier, notamment à Paris, Tokyo, Seoul, Hong-Kong, Guangzhou, Milan, Dubaï, New York et Buenos Aires. Par le biais de son Département Propriété Intellectuelle, l’entreprise oeuvre pour protéger et défendre la marque, avec le soutien d’un réseau de 250 agents de marques, enquêteurs et avocats.Les boutiques, écrins de prestige, architecture innovanteLe prestige d’une marque telle que Louis Vuitton réside aussi dans ses boutiques-écrins. C’est ainsi, à l’instar des créateurs de mode et d’accessoires, que l’enseigne s’est toujours attachée à rechercher des lieux d’implantation exceptionnels, bâtiments historiques, si possible, et disponibles, ou bien alors grands projets d’architectes, comme la boutique de Nagoya au Japon, ou bien celle de New York, 5e Avenue, ou encore, plus près de nous, la boutique de Genève qui est à ce jour la plus grande d’Europe. Ces boutiques exceptionnelles sont aussi belles à l’intérieur qu’à l’extérieur, avec un gros travail sur la fluidité des matériaux, la pureté des lignes, l’inventivité des volumes. A voir, ne serait-ce que pour saluer le travail des artistes.Quand on demande à Patrick-Louis Vuitton s’il lui arrive d’imaginer que son aïeul arrive à notre époque et contemple le chemin parcouru de la maison qu’il a créée, il répond avec fierté et beaucoup de plaisir. « Je pense que mon arrière-arrière grand-père apprécierait beaucoup la dimension qu’ont prise les voyages du XXIe siècle, car la porte reste ouverte sur l’innovation et le progrès!» Gageons que, dans quelques années, les voyages interplanétaires ouvriront de même de belles perspectives aux commandes spéciales…Enfin, dans cette simplicité chaleureuse qui le caractérise, Patrick-Louis Vuitton se prête du tac au tac au jeu des questions-réponses directes, en guise d’au revoir.Quelle est la cliente-type «Louis Vuitton»?«Une esthète du voyageQuel est le moment que vous préférez dans une journée?«Ici et maintenantDeux traits de votre caractère?«Observateur et épicurienVotre héros dans la vie?«Eric TabarlyVos hobbies?«La chasse, l’aquarelle et les bateauxEnfant, que vouliez-vous faire?«Vétérinaire, comme la plupart des enfants!Le talent que vous auriez aimé avoir?«L’écriture».

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